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Algorithmisation de la justice: l’opinion divisée - 05/10/2039

La question divise énormément tant le monde juridique que la société civile. Et pourtant, c’est bien de cette dernière qu’est venue l’idée.

En effet, depuis le début des années 2000, et très probablement influencé par l’émergence de l’intelligence artificielle et du monde des algorithmes, la société civile a de plus en plus été en demande d’efficacité. Ceci au point que au tournant des années 2010/2020 les modes de gouvernance totalitaires et attentatoires aux libertés individuelles sont devenus des parangons de modèles politiques! Russie, Chine et autre Inde ont été portés aux nues des mouvements populistes qui ont connu une forte croissance à cette période.


Et ce n’est pas que la politique qui en a fait les frais. Education, économie et désormais justice. Tout doit être passé au filtre de l’efficacité: l’erreur humaine est exposée à la vindicte publique, la moindre déviance devient source de rage et de “jugement populaire” sur les réseaux sociaux Tout ceci au nom de l’efficacité: les criminels doivent être jugés avant même d’avoir commis un crime comme si le monde du fameux film de Steven Spielberg, “Minority report” était devenu notre quotidien.


Face à cette vague populaire tendant à l’efficacité froide et immédiate des institutions publiques, les gouvernements ont répondu à cette demande. Inspiré des modèles mis en place notamment en Chine populaire, la réunion récente des ministres de la justice du Pacifique à Fiji a mis en avant la volonté de ces officiels de faire appel de plus en plus à l’intelligence artificielle pour gérer les peines les plus courantes.


Via un fonds de coopération judiciaire régional, les différents gouvernements de la région souhaite en effet procéder à l’acquisition d’un système géré par intelligence artificielle qui viendrait gérer la plupart des infractions et délits du quotidien: vols, violences sexuelles ou physiques, petits larcins ou fraudes…


Mais mis face à la réalité de l’efficacité, la population a commencé à s’interroger, soutenue en cela par de nombreuses associations de juges, avocats et autres officiers du service judiciaire. Car beaucoup s’interrogent sur l’équité du système: en effet bien des crimes importants (abus de biens sociaux, détournements de fonds publics) ne seront pas visés par cette intelligence artificielle et laissés à l’appréciation des juges. Le “système à deux vitesses” est devenu le cri de ralliement des opposants à cette initiative.

En effet, hommes politiques et hommes d’affaires seront nécessairement exclus dans le cadre de ces crimes et pourront plus facilement négocier leur peine que le quidam qui n’aura d’autre choix que de suivre les réquisitions de l’intelligence artificielle.


Comment dès lors réagiront les gouvernements face à ces vagues de protestions qui sont nées un peu partout ces dernières semaines? Avanceront-ils sur le projet ou feront-ils machine arrière? Pour le moment silence radio de leur côté…